Marine Assoumov

peintre et collagiste

Papiers collés
Collages sur papier de Marine Assoumov

Les images et le papier
Entre le collage et l'artiste, c’est une longue histoire qui dure depuis vingt ans. Commencée après la rencontre avec l’huile, cette aventure traduit le penchant coupable qu’éprouve Marine Assoumov pour le monde du papier, des images de magazines, des photographies, des puzzles et des faux semblants …

L'oeil du peintre
Les collages se sont dégagés presque insensiblement et comme par hasard de travaux plus anciens de Marine Assoumov, par le recyclage de dessins au trait imparfaits repris au correcteur blanc au lieu d’être détruits. L’oeil du peintre ne dort jamais : le correcteur séché, vieilli, devenait jaune et granuleux, et cette texture intéressante a suscité ensuite l’ajout d’autres matières (papier journal, …) et d’autres couleurs.

Fragments de papiers colorés
Au départ de cette aventure, quelques nus où s'invitaient des intrus : titres de journaux, fragments de poèmes, bouts de papiers colorés, tickets de bus ou de musées, cartes météo, plans de métro, courbes statistiques, chiffres et équations, alphabets oubliés, bulles de bandes dessinées, typographies inventées sur l’ordinateur et retravaillées à la photocopieuse ... Les compositions, souvent très aérées, sont construites à partir d’un élément graphique ou textuel remarquable par sa couleur, sa texture ou sa signification.

Calembour graphique
Une première phase s’est joué à plaisir du calembour graphique, des juxtapositions insidieusement ou franchement cocasses, des décalages des formes et des titres, des citations détournées de tableaux ou de bandes dessinées, mélange inimitable de retenue et de provocation tranquille … Le réel, à travers plages typographiques et photographies, est manipulé pour se plier aux règles (plastiques) de l'univers de Marine Assoumov, comme un élément picturalement cohérent et sournoisement subversif.
Tout cela suppose un travail de longue haleine : dénicher et accumuler suffisamment de matériaux pour pouvoir découvrir, au moment opportun, les éléments qui s'intègreront de façon pertinente au collage en cours. L’atelier du peintre est ainsi jonché du fruit de ses trouvailles cellulosiques qui s’amoncellent dans un désordre coloré …

Collage, art modeste et fragile
Le collage permet à Marine Assoumov toutes les satisfactions picturales : expérimenter la couleur pure, approfondir la forme en soi, marier les contrastes de matières. S’y ajoute le plaisir littéraire des mots et des lettres et les (més)alliances du texte et de l’image …
Grâce au collage, elle sauvegarde l’éphémère imprimé des tracts et publicités abandonnés sur les trottoirs ou jetés dans les boîtes aux lettres. Marine Assoumov aime cet art fragile et ténu comme les matériaux manipulés … Art modeste qui se contente de peu : fragments récupérés dans la rue, coin de table, ciseaux et colle des enfants, brefs moments volés à la peinture …

Peinture et collage, deux mondes différents et complémentaires
Pendant toutes ces années de création, les collages de Marine Assoumov n’ont cessé d’évoluer, sur le plan formel comme pour les sujets traités. Ils ont accompagné les séries peintes, de Fragments d’atelier aux Décombres, du Rugby aux Paysages Intérieurs
Qu’ils participent à une même thématique n’entraîne pas que les collages soient des peintures découpées et assemblées, ni les tableaux des collages peints. Chaque procédé garde au contraire sa spécificité et s’enrichit même de la confrontation avec l’autre. Marine Assoumov effectue sans relâche des allers-retours du collage à l’huile, reprenant des idées, adaptant des compositions ou transposant des détails d’un media à l’autre. Mais certains thèmes que l'artiste a traités dans le collage n’ont pas d’équivalent dans sa peinture. Ainsi des « abstractions 95 », les premiers collages « muets » où l'artiste s’est délestée des mots, ou plutôt de leur sens, mais aussi des ciseaux, en déchirant à la main les papiers colorés. Toute l’attention du peintre est consacrée à l’aspect pictural de la composition …
Les collages d’aujourd’hui offrent des nouveautés, liées d’ailleurs à la mise de côté de l’élément ironique et discursif : l’introduction de tissus et de végétaux, l’utilisation du châssis entoilé comme support et l’intégration d’un nouveau médium, le lavis, sous la forme de coups de brosse qui viennent s’enlever sur une part du fond laissé vide.

Comme une trace humaine
Le visiteur pensera déceler peut-être des parentés, des géométries récurrentes, entre les oeuvres peintes et celles collées. Et c’est vrai qu’on éprouve la même sensation d’un espace construit, maîtrisé, donné une fois pour toutes, devant les larges aplats des peintures et les surfaces généreuses de certains collages.
On peut aussi voir dans les nuances des papiers utilisés, le jeu du bord déchiré avec le fond blanc ou l’exploitation des différents caractères, signes, chiffres ou équations, lettres ou mots, imprimés ou manuscrits, l’équivalent des recherches de matière menées sur la toile.
Il y a pourtant dans ces collages un élément distinctif : c’est, avec la réserve du fond blanc, le recours à un trait dynamique, variable, allant du gris au noir intense, grâce auquel fait irruption dans un univers essentiellement statique et spatial quelque chose de l’ordre du corps et du temps : une trace.

Myrto Gondicas, 1998